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08.12.2007

Devenir responsable

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Voici le schéma que j’ai découvert : je dois prendre la pleine responsabilité de ma vie et de mes actions. Je ne peux pas me cacher derrière des excuses comme « je ne sais pas quoi faire », ou « c’est injuste ». Il s’agit d’être totalement présent et en pleine conscience – ce qui veut aussi dire pour moi intervenir verbalement, me mettre en avant.

Mon intention pour 2007 était de ne garder aucun secret. J’ai posé l’intention d’exposer tous mes secrets, de me vider. Et je sens que c’est ce que j’ai fait. Cette année a été très intense et très importante pour moi. Elle a fait partie d’une immense vague continue liée au fait de mûrir, et maintenant je ne ressens plus que de la gratitude, une profonde gratitude.

Il y a plus de dix ans, j’avais une petite amie italienne nommée Johanna que j’avais rencontrée durant les vacances. Elle était très honnête, lumineuse et pleine de fraîcheur. Elle était poète et adorait la musique. Au début, après être rentré de mon voyage en Italie avec mes amis, je décidai de ne pas poursuivre la relation avec Johanna mais, après 6 mois, nous commençâmes à nous écrire des lettres, et je décidai de la revoir. A partir de ce moment, nous nous vîmes tous les deux ou trois mois. Cependant, après quelques-uns de ces voyages, je sentais que la relation n’avançait pas et que nous espérions tous les deux quelque chose dont nous ne pourrions jamais jouir complètement.

Puis une nuit, Rose, une amie, vint chez moi – nous nous connaissions depuis plusieurs années et elle avait toujours voulu sortir avec moi. Cette nuit là, nous avons bu et avons fini par coucher ensemble. C’est ainsi. Après cela, elle partit immédiatement ; je me sentais complètement misérable – bien que sur le moment je n’ai pas pris conscience de à quel point je me sentais misérable. Aujourd’hui, je peux me souvenir de comment mon corps a réagit au moment où nous faisions l’amour, car tandis que nous nous tripotions, haletant, une voix me disait, « Qu’est-ce que tu fais ? Tu n’en as pas envie… »

Ainsi, j’avais une liaison, comme on dit. Rapidement, Johanna remarqua que quelque chose n’allait pas au cours de nos appels téléphoniques. Finalement, j’allai la voir pour tout lui raconter. Elle était blessée et choquée, mais elle avait plus ou moins deviné ce qui s’était passé étant donné la nature de mes coups de fil et de mes lettres. Je lui dis que mes sentiments envers elle n’avaient pas changé mais nous décidâmes d’attendre quelques semaines pour voir comment les choses allaient se développer, et je retournai chez moi. Deux semaines plus tard, Johanna vint me rendre visite. J’avais arrêté ma liaison avec Rose, réalisant que j’avais fait une grosse erreur, voyant également que bien que j’ai de l’affection pour elle, je ne voulais pas d’une relation sérieuse.

Lorsque Johanna arriva, nous commençâmes à nouveau à examiner ensemble ce qu’il en était de notre connexion, essayant de voir s’il était possible de développer notre relation, ou si nous devions décider de la terminer. Mais, d’une certaine façon, au cours de ces deux semaines, nous nous rapprochâmes l’un de l’autre. La connexion que nous avions était très précaire, elle pouvait se briser ou être facilement perturbée. Je savais que Johanna avait été très blessée par ma liaison et qu’elle avait peur de souffrir à nouveau.

Une nuit, alors que le voyage de Johanna tirait à sa fin, nous allâmes voir jouer des amis à moi, et nous passâmes un moment fabuleux. Nous sentions qu’existait entre nous une connexion pleine de chaleur et d’affection, nous étions vraiment heureux, sachant que ce qui se trouvait en face de nous était inconnu. Alors que nous revenions chez moi, je vis Rose, assise devant ma porte, en train d’écrire un mot pour dire qu’elle était passée me voir. Elle travaillait dans un restaurant, et durant notre liaison, elle avait l’habitude de venir tard dans la nuit, souvent bourrée. Là, elle n’était pas bourrée, mais en marchant vers la porte de chez moi, je ressentis une grosse angoisse à l’idée d’une rencontre entre Johanna et Rose.

Je savais qu’une telle rencontre allait probablement les blesser toutes les deux, et Johanna plus particulièrement. Après cette nuit, j’ai souvent pensé que j’aurais dû continuer à rouler pour dépasser ma maison afin d’éviter cette rencontre – elle n’était pas nécessaire et avait causé beaucoup de souffrances. Néanmoins, il était trop tard pour ça. Nous rentrâmes à l’intérieur et commençâmes à parler. Nous parlâmes de là où nous en étions, de ce que nous voulions chacun, et de ce qui devait être décidé. J’avais déjà pris la décision de cesser ma liaison avec Rose et je voulais sauver ma relation avec Johanna, mais une fois assis, à parler en compagnie de Rose, rien ne sembla plus être si clair que ça.

Johanna resta en retrait, ne parlant presque pas, et Rose ria, en disant de manière un peu agressive que j’étais stupide d’avoir choisi Johanna plutôt qu’elle.
Pendant tout le temps où elle parla, je restai paralysé. J’étais assis là, ne sachant pas quoi faire. Je savais que je voulais continuer avec Johanna, mais même cet horizon était devenu tout à coup nuageux et brumeux dans mon esprit plein d’incertitude et de doutes. Je sentais que d’une certaine façon j’avais déjà foutu en l’air ma relation avec Johanna, je l’avais trop durement blessée, j’avais pollué notre relation si « pure » - tout un tas d’excuses que j’entendais courir à travers mon esprit et qui m’empêchaient de prendre la parole, qui m’empêchaient d’être là et de dire ce que je voulais dire.

J’étais assis là, la tête dans les mains, me disant à moi-même : « Qu’est-ce que je dois faire ? Je ne sais pas quoi faire, je ne suis pas préparé pour ça, je n’y arrive pas. » Et pour être honnête, je n’étais pas préparé. En regardant en arrière depuis une autre position de mon point d’assemblage, je vois que bien que j’aurais dû être mature à cette époque, c’était la première fois de ma vie que je devais parler et prendre une décision entraînant de lourdes conséquences, pas seulement pour moi mais aussi pour deux autres personnes.
Et je ne l’ai pas fait.

Après environ deux heures de discussion, Rose me demanda de choisir entre elles, et que je devais la choisir elle. Et c’est ce que je fis.

Aujourd’hui encore, après avoir revue cette histoire plusieurs fois, je ressens l’impact que cet acte a eut sur mon corps, et je vois comment un sombre nuage s’installa au-dessus de Johanna et moi. Johanna était dévastée, et étrangement, je me sentais engourdi, comme si une grosse part de moi-même n’était pas là. Le matin était arrivé et Johanna décida de repartir chez elle immédiatement. Je l’accompagnai à la gare – nous nous séparâmes.

Donc, là se trouve le schéma. Je me sens dépassé, bouleversé, je sens que c’est trop, je me dis que je ne peux rien faire, et pourquoi est-ce que ça m’arrive, pourquoi personne ne m’aide, etc., et mon corps est gelé.
J’avais déjà découvert ce schéma au cours d’autres traques – particulièrement le sentiment de se sentir dépassé. Et ce n’était pas la première fois que je réagissais ainsi, mais c’était la première fois que cela avait de telles conséquences sur d’autres personnes. Depuis que j’avais identifié ce schéma, je voulais en sortir. Je voulais m’ouvrir, être libre.

Il y a un an, durant les classes du Corps Intégré à Amsterdam, j’ai réalisé une fois encore à quel point ce schéma était aussi connecté au fait d’être fermé. De ne pas me montrer – et bien que cela soit douloureux, je devais changer ça afin d’évoluer. Je sens que cette ligne de traque, en connexion avec d’autres, a été présente à la fois dans le fait de traquer mes peurs et dans celui de traquer mon rapport au sexe, au genre et au pouvoir.

Donc, ne pas avoir de secrets avait aussi pour but d’ouvrir mon être à toutes mes peurs et tous mes secrets afin d’être libre. Afin d’être libre.

Il y a quatre ans, j’ai décidé que j’avais une dette à payer, j’avais une affaire qui n’était pas finie. Je suis allé au séminaire de Vérone, et après cela je suis retourné dans tous les endroits où j’ai été allé avec Johanna, et que je n’avais pas vus depuis dix ans. C’était le premier pas. Un an plus tard, je suis parti sur la piste de Johanna – elle vivait à Miami, était chercheuse et médecin dans un hôpital. Mais je savais que les blessures que je lui avais infligées étaient toujours là et je devais faire tout ce qui était en mon pouvoir pour y remédier. Créer une ouverture et laisser ces sentiments et ces émotions sortirent, pour elle et pour moi, mais encore plus pour elle.

Alors, très précautionneusement, je l’ai contactée, en lui disant au début que je ne voulais pas faire intrusion dans sa vie. Elle réagie avec beaucoup d’enthousiasme, et je décidai d’aller la voir. Je pris un avion pour Miami. Elle vint me chercher à l’aéroport, et nous parlâmes un peu pour prendre la température. Elle semblait être une femme accomplie, heureuse et forte. Elle était avec quelqu’un et sa vie était épanouissante. J’allai à mon hôtel et nous convînmes de nous voir le matin suivant pour prendre le petit déjeuner ensemble. Je lui dis qu’il y avait quelque chose dont je voulais lui parler.

Le matin suivant, je lui dis que lorsque j’avais pris ma décision des années plus tôt, j’avais fait une énorme erreur, peut-être la plus grosse de ma vie. J’étais conscient de l’avoir beaucoup blessée et j’avais aussi ressenti cette blessure dans mon propre cœur. Mes sentiments envers elle n’avaient jamais changé depuis le premier jour où nous nous étions rencontrés, et j’aurais souhaité ne jamais avoir fait cette erreur.
Elle commença à pleurer.

Elle pleura, puis ria, puis pleura à nouveau. Ensuite, elle me dit qu’elle avait attendu ces mots depuis tout ce temps, que ces mots étaient très importants pour elle, et qu’elle savait. Après un moment, elle s’arrêta de pleurer et me raconta comment ça s’était passé pour elle après son retour en Italie – comment elle s’était complètement renfermée sur elle-même, comment elle avait sombré dans la dépression, et comment elle n’avait pu avoir de relation amoureuse pendant des années.
Elle parla et me raconta tout, tout ce que je savais déjà plus ou moins, mais c’était merveilleux de pouvoir l’entendre de sa bouche. Nous parlâmes jusqu’à ce que nous ayons fait ensemble tout le tour de notre histoire.

Je ne suis resté que deux jours à Miami, avant de reprendre l’avion. Après cela, nous eûmes encore quelques contacts, toujours ouverts et plein d’affection. Aujourd’hui Johanna est une heureuse femme mariée, et elle est mère d’une petite fille.

Durant toutes ces années, Johanna avait gardé notre connexion à l’état neuf. Elle avait attendu – sans enterrer ses sentiments sous une épaisse couche de forme humaine, et elle était déjà prête au moment où je l’ai été. J’ai été très chanceux, et je suis très connaissant d’avoir eu cette chance extraordinaire.77f5717b263358edf80d7c8f8380131e.jpg